Les élections régionales du 30 novembre 2025 au Cameroun : Enjeux, acteurs et perspectives d’une décentralisation en mutation

Les élections régionales prévues pour le 30 novembre 2025 au Cameroun s’inscrivent dans un contexte politique marqué par la consolidation progressive du processus de décentralisation enclenché depuis les années 1990 et structuré par la Constitution de 1996, la loi de 2004, puis renforcé par les lois de 2019. Ces élections représentent un jalon stratégique dans l’architecture institutionnelle du pays, visant à renforcer la gouvernance locale, à rapprocher l’administration des citoyens et à matérialiser l’autonomie de gestion des collectivités territoriales décentralisées (CTD).

Un scrutin encore jeune mais politiquement déterminant

La première élection régionale au Cameroun s’est déroulée en décembre 2020, marquant la mise en place effective des Conseils régionaux et de la fonction de Président du Conseil régional (PCR). Le scrutin de 2025 est donc seulement la deuxième échéance de ce type. Bien qu’encore récent, ce mécanisme électoral est devenu un instrument important pour la gestion territoriale, notamment en raison du rôle croissant que jouent les régions dans la planification du développement, la coordination intercommunale et la gestion des ressources.

Contrairement aux législatives ou à la présidentielle, les élections régionales au Cameroun sont un scrutin indirect. Elles reposent sur deux collèges électoraux :

  • Les délégués des communes,
  • Les représentants des chefferies traditionnelles.

Cette configuration donne au scrutin un aspect hybride : à la fois moderne (puisqu’il s’appuie sur les élus municipaux) et profondément enraciné dans les structures socioculturelles du pays (via les chefs traditionnels). Elle reflète la volonté du législateur de préserver l’équilibre entre démocratie représentative et autorités coutumières.

Un contexte socio-politique particulier en 2025

Les élections de novembre 2025 surviennent dans une période marquée par plusieurs dynamiques nationales :

Consolidation administrative de la décentralisation

Les transferts de compétences et de ressources vers les CTD, bien que progressifs, ont connu des accélérations depuis 2021. Plusieurs secteurs — tels que l’éducation maternelle et primaire, la santé de base, le développement local, la gestion du patrimoine régional — sont désormais partiellement ou totalement placés sous administration locale. Les élections régionales serviront donc à choisir les responsables qui piloteront ces compétences accrues durant les cinq prochaines années.

 Conjoncture économique et attentes sociales

L’environnement économique camerounais demeure sous tension :

  • Pression inflationniste,
  • Défis liés à la relance post-Covid,
  • Chantiers d’infrastructures en cours,
  • Gestion des ressources forestières et minières.

Les populations attendent des régions qu’elles jouent un rôle plus actif dans l’investissement local, la maintenance des infrastructures, la promotion des activités génératrices de revenus et la lutte contre le chômage des jeunes.

Situation sécuritaire et stabilité territoriale

Certaines régions sont confrontées à des défis sécuritaires (Nord-Ouest, Sud-Ouest, Extrême-Nord). Dans ce contexte, les conseils régionaux sont perçus comme des acteurs potentiels de stabilisation locale, notamment grâce au statut spécial accordé au Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Le scrutin de 2025 constitue donc un test de résilience institutionnelle.

Les enjeux majeurs du scrutin

Les élections régionales de 2025 cristallisent plusieurs enjeux stratégiques, tant institutionnels que politiques.

 Le renforcement de l’autonomie locale

L’un des objectifs fondamentaux est d’accroître la capacité des régions à prendre des décisions adaptées aux réalités locales. L’enjeu est d’importance : la décentralisation n’est efficace que si les conseils régionaux disposent de marges de manœuvre financières et opérationnelles réelles.

 L’amélioration de la gouvernance territoriale

La mise en place de conseils régionaux performants peut contribuer à :

  • Clarifier les compétences entre régions, communes et État,
  • Améliorer la coordination des projets,
  • Renforcer la transparence budgétaire,
  • Stimuler la participation citoyenne.

 La légitimité politique des élus régionaux

Les régions sont appelées à devenir des espaces politiques à part entière. La compétition interne entre partis pour contrôler les bureaux régionaux et les présidences de conseils régionaux est donc intense. Cette compétition est également influencée par l’équilibre entre pouvoir traditionnel et élus modernes.

La capacité des régions à impulser le développement

Plusieurs défis structurels seront au centre des priorités des futurs conseils régionaux :

  • Planification du développement territorial,
  • Désenclavement routier,
  • Mise en valeur du potentiel agricole,
  • Maîtrise de l’urbanisation,
  • Gestion durable des ressources naturelles,
  • Promotion du tourisme local.

Les acteurs clés en lice

Les principaux protagonistes des élections régionales sont :

  • Les partis politiques, à travers leurs conseillers municipaux ;
  • Les chefs traditionnels, qui constituent un second collège électoral essentiel ;
  • Les administrations communales et régionales, impliquées dans l’organisation technique ;
  • Les populations, indirectement représentées par leurs élus.

Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) demeure l’acteur dominant du paysage communal et donc du collège électoral principal, ce qui lui donne un avantage structurel. Les partis d’opposition comptent toutefois sur des bastions locaux pour influencer l’équilibre des forces dans certaines régions.

Les élections régionales du 30 novembre 2025 constituent une étape capitale pour la maturation de la décentralisation camerounaise. Elles représentent un rendez-vous institutionnel majeur, au cours duquel les équilibres politiques locaux, la dynamique des chefferies traditionnelles et les enjeux de développement territorial se rencontreront. Leur issue déterminera largement la capacité du pays à construire un modèle de gouvernance locale efficace, autonome et répondant aux attentes des populations.

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