À l’approche du 30 novembre 2025, le Cameroun s’apprête à vivre l’un des moments institutionnels les plus significatifs de son calendrier politique : les élections régionales, deuxième du genre depuis l’entrée en vigueur effective de la décentralisation. Ce scrutin, souvent moins médiatisé que les législatives ou la présidentielle, constitue pourtant un levier majeur de transformation territoriale, en raison du rôle croissant attribué aux conseils régionaux dans la gestion du développement local.
Une échéance électorale au cœur de la décentralisation camerounaise
Depuis les réformes de 2019 et l’opérationnalisation des Conseils régionaux en 2020, la décentralisation camerounaise suit une trajectoire de consolidation. Les régions incarnent désormais une strate essentielle entre l’État et les communes, avec des compétences en :
- aménagement du territoire,
- gestion des infrastructures régionales,
- promotion du développement économique,
- valorisation du patrimoine culturel,
- coordination intercommunale.
Le scrutin du 30 novembre 2025 doit donc renouveler les conseillers régionaux et, par la suite, conduire à l’élection des Présidents de Conseils régionaux (PCR), acteurs centraux de l’exécutif régional.
Un scrutin indirect mais politiquement stratégique
Les élections régionales au Cameroun s’effectuent au suffrage indirect, reposant sur un double collège électoral :
• Les délégués des communes, élus municipaux représentant le collège moderne ;
• Les chefs traditionnels, membres du collège coutumier.
Cette configuration confère au scrutin un double ancrage :
- d’un côté, la démocratie représentative moderne ;
- de l’autre, la légitimité socioculturelle traditionnelle.
Ce système fait des conseils régionaux des institutions hybrides, où la rationalité administrative rencontre l’autorité des chefferies traditionnelles.
Un contexte national marqué par fortes attentes
L’édition 2025 des élections régionales intervient dans un environnement socio-politique spécifique :
Des attentes accrues en gouvernance locale
Les populations attendent des exécutifs régionaux qu’ils apportent des solutions pragmatiques à des problématiques locales comme :
- la modernisation des routes rurales,
- la gestion foncière,
- l’accès à l’eau potable,
- la modernisation des infrastructures éducatives et sanitaires,
- la dynamisation des marchés locaux.
Un contexte économique fragile
Le pays fait face à une pression inflationniste notable, à des défis dans le secteur agricole, et à la nécessité de renforcer les économies locales. Les conseils régionaux sont appelés à devenir des acteurs de relance endogène.
Des enjeux sécuritaires persistants
Dans certaines régions (Nord-Ouest, Sud-Ouest, Extrême-Nord), les dynamiques sécuritaires influencent la participation et la capacité opérationnelle des exécutifs. Le scrutin mettra également à l’épreuve le statut spécial des régions anglophones.
Les enjeux clés du scrutin du 30 novembre 2025
Accélération de la décentralisation
L’enjeu principal demeure le passage de la décentralisation “sur le papier” à une décentralisation “en actes”. Les régions doivent affirmer une autonomie véritable dans :
- la gestion budgétaire,
- l’affectation des ressources,
- la prise de décisions locales.
Renforcement de la légitimité des exécutifs régionaux
Les élus régionaux doivent consolider la confiance des populations en démontrant leur capacité à transformer les budgets en projets réellement visibles et utiles. La crédibilité de l’institution régionale en dépend.
Élection des Présidents et des bureaux régionaux
Chaque région élira son Président, véritable pivot de l’exécutif local. C’est lui qui :
- fixe les priorités régionales,
- oriente les investissements,
- gère les ressources humaines régionales,
- représente la région auprès du gouvernement.
Adoption des plans stratégiques de développement
Les futurs exécutifs devront définir des plans régionaux cohérents, en alignement avec la Stratégie Nationale de Développement (SND30).
Un scrutin déterminant pour l’avenir des territoires
Les élections régionales de 2025 représentent un moment charnière dans la transition vers une gouvernance locale plus dynamique, plus responsable et plus proche des citoyens.
Elles témoignent d’un Cameroun qui cherche à rééquilibrer le pouvoir entre le centre et les territoires, tout en renforçant le rôle stratégique des collectivités territoriales décentralisées.
La qualité de la gouvernance qui émergera de ces élections déterminera la capacité du pays à réussir sa décentralisation, à moderniser ses infrastructures locales et à répondre efficacement aux défis socio-économiques qui se posent à l’échelle régionale.




