Gouvernance territoriale et chefferies traditionnelles dans la Région de l’Ouest : un équilibre stratégique pour les élections régionales 2025

La Région de l’Ouest Cameroun, réputée pour son organisation socioculturelle et sa densité de chefferies traditionnelles, se prépare à jouer un rôle clé lors des élections régionales du 30 novembre 2025.
Dans ce territoire où tradition et modernité coexistent, la relation entre les chefferies traditionnelles et les institutions de gouvernance territoriale représente un enjeu stratégique majeur.
Cette articulation — délicate mais essentielle — est au cœur des dynamiques politiques, sociales et économiques de la région.

Cet article revient sur l’importance de cet équilibre et sur son impact direct sur la gouvernance locale.


1. Les chefferies traditionnelles : un pouvoir historique structurant dans l’Ouest

La Région de l’Ouest abrite l’un des plus vastes réseaux de chefferies du Cameroun, profondément enraciné dans l’histoire et les pratiques sociales.

Rôles traditionnels des chefferies

  • Gardiennes des traditions et du patrimoine culturel
  • Médiatrices sociales et garantes des valeurs communautaires
  • Actrices clés de la gestion foncière
  • Intermédiaires entre communautés et institutions administratives
  • Régulatrices des conflits coutumiers et communautaires

Dans plusieurs villages et arrondissements, l’autorité du chef traditionnel est parfois plus influente que celle du maire ou du sous-préfet — non pas en termes juridiques, mais en termes d’adhésion et de légitimité populaire.


Influences électorales majeures :

  • Les chefs traditionnels contribuent au choix des conseillers régionaux
  • Ils influencent les équilibres politiques locaux
  • Ils jouent un rôle dans l’élection du futur Président du Conseil Régional

Leur participation confère à ces élections une dimension culturelle et communautaire unique au Cameroun.


Pourquoi l’équilibre entre modernité institutionnelle et tradition est stratégique

Le fonctionnement du Conseil régional exige une coopération étroite entre :

  • les élus municipaux et régionaux,
  • les chefs traditionnels,
  • les services déconcentrés de l’État,
  • les communautés locales.

Si cet équilibre est rompu :

  • lenteurs administratives,
  • conflits fonciers plus fréquents,
  • projets bloqués par manque d’adhésion,
  • défiance entre populations et institutions modernes.

S’il est respecté :

  • meilleure acceptation des projets publics,
  • fluidité dans la gestion foncière,
  • cohésion sociale renforcée,
  • circulation harmonieuse de l’information entre État et population.

Dans l’Ouest, cet équilibre est un levier de stabilité territoriale.


Les chefferies comme moteurs de cohésion sociale

La Région de l’Ouest se caractérise par une densité démographique élevée, une coexistence de plusieurs groupes ethniques et une économie très active.
Dans ce contexte, la cohésion sociale est indispensable pour un développement harmonieux.

Les chefferies contribuent à cette cohésion en :

  • arbitrant les litiges entre habitants ;
  • veillant à la sécurité des terres et des propriétés ;
  • organisant les rites communautaires et les événements sociaux ;
  • servant d’intermédiaires en cas de tensions politiques.

Les élus locaux ont donc besoin de s’appuyer sur les chefs traditionnels pour maintenir la paix sociale et appuyer les projets de développement.


Rôle des chefferies dans la gestion foncière : un enjeu crucial

La gestion foncière est l’un des sujets les plus sensibles dans la Région de l’Ouest.

Les chefs traditionnels ont une légitimité forte sur les terres ancestrales.
Toute initiative publique (routes, marchés, infrastructures) doit passer par leur validation communautaire.

Leur rôle est déterminant pour :

  • sécuriser les domaines publics affectés aux projets régionaux
  • éviter les conflits fonciers avec les populations
  • libérer les espaces nécessaires aux infrastructures
  • garantir une redistribution équitable des terres

Sans collaboration avec les chefferies, plusieurs projets structurants seraient pratiquement impossibles.


Les défis actuels de la cohabitation institutionnelle

Malgré leur importance, plusieurs défis persistent.

Défis majeurs :

  • chevauchements entre autorités administratives et traditionnelles
  • divergences d’intérêts économiques
  • méfiance entre certains élus et chefs traditionnels
  • lenteur dans la gestion des terrains communautaires
  • attentes non satisfaites des populations envers les deux systèmes

La réussite du développement régional dépendra de la capacité du futur Conseil régional à instaurer un cadre de collaboration clair, respectueux et transparent.


Le rôle stratégique du futur Président du Conseil Régional

Le Président du Conseil Régional (PCR) devra être un médiateur politique, un facilitateur social et un connaisseur des réalités traditionnelles.

  • intégrer les chefferies dans la planification régionale
  • formaliser la concertation entre élus et autorités coutumières
  • s’appuyer sur les chefs dans la sensibilisation communautaire
  • éviter toute marginalisation institutionnelle
  • garantir un dialogue permanent entre État, région et communautés

Son leadership déterminera l’efficacité de la gouvernance territoriale.


un équilibre indispensable pour le développement local

Dans la Région de l’Ouest, la gouvernance territoriale ne peut pas se construire sans les chefferies traditionnelles.
Elles représentent un socle culturel, social et foncier essentiel au fonctionnement harmonieux des institutions modernes.

Les élections régionales de 2025 offriront l’occasion de renforcer cette alliance stratégique, nécessaire pour :

pacifier la gestion foncière
accélérer les projets de développement
renforcer la cohésion sociale
garantir une gouvernance locale efficace
répondre aux attentes croissantes des populations

L’avenir de la région dépendra de la qualité du partenariat entre chefferies traditionnelles et institutions régionales modernes.

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